Thursday, July 12, 2012

(Photo: Adriana Borra)

Jeudi 12 juillet, le Forum de Caux pour la sécurité humaine se concentrait sur la guérison les blessures de l’histoire. Durant la session plénière de la matinée, Daphrose Ntarataze Barampama a présenté son travail au sein des cercles de paix au Burundi. Lors de la session de l’après-midi, Angelo Barampama et Laurien Ntezimana ont raconté leur parcours personnel et professionnel. Ils sont tous deux co-auteurs du livre « Dépasser la haine, construire la paix » qui rassemble des témoignages des années 1990 dans la région des Grands lacs africains.

L’image que les medias nous envoient du Burundi et du Rwanda évoque l’horreur : le génocide, des cruautés réciproques inimaginables, des enfants noirs qui ne peuvent tourner qu’un regard effrayé vers leur avenir. Aujourd’hui, le public de Caux a pu prendre conscience du fait que la violence interethnique peut être un défi surmontable, et que le conflit peut être dépassé. « Le Rwanda pourrait devenir une leçon pour l’humanité », et prouver qu’il est possible de détruire les murs de la haine et de la cruauté pour aller vers la réconciliation.

Daphrose Ntarataze Barampama, Angelo Barampama et Laurien Ntezimana ont tous les trois vécu le génocide du Rwanda et du Burundi. « Quand j’allais me coucher, je ne savais pas si j‘allais me lever le matin. Quand je me levais le matin, je ne savais pas si j’allais vivre jusqu’au soir, » raconte Angelo Barampama. Si Laurien Ntezimana est encore vivant, c’est parce qu’il était allé chercher de la nourriture pour ses amis quand les bourreaux ont fouillé sa maison. Daphrose Ntarataze Barampama et Angelo Barampama ont perdu les personnes qui leur étaient les plus chères, ils ont dû quitter leur pays, « manger l’amère pain de l’exil ».

Pourtant, aucun sentiment de haine, de rancœur ou de colère ne transparaît de leurs discours. La mère qui a perdu ses enfants parle d’une voix douce de la partie opposée, utilisant les mots frères et sœurs. Le pasteur dont presque toute l’équipe de créateurs de paix a été assassinée durant le génocide nous rappelle que l’homme n’est pas fait pour se battre, mais pour danser. Et l’exilé nous dit qu’il est convaincu qu’un jour il n’y aura plus un « Italien », un « Espagnol » ou un « Africain » dans notre ville, mais seulement des « voisins ».

Comment ? Est-ce qu’ils ont oublié ce qu’il s’était passé ? Non. Au contraire : « Il était évident que je devais pardonner », dit Daphrose Ntarataze Barampama. Elle cherchait des voies de réconciliation. La sécurité qu’elle a ressentie en Suisse lui a donné la force d’initier les cercles de paix. Il s’agit de groupes composés de victimes et d’agresseurs, visant à surpasser « l’exil interne » des Burundais. Se parler, partager les émotions permet de construire une communauté, de se réconcilier et de révéler la dignité humaine que l’on porte en soi. « Umuntu ni uwundi : l’autre est mon autre moi-même ».

Laurien Ntezimana continue sur la voie qu’il avait déjà tracée avant le génocide. Il forme des « animateurs de paix ». Il enseigne à danser plutôt qu’à se battre. « Dans la guerre, l’autre est considéré comme un ennemi. Dans la danse l’autre est différent, l’énergie peut circuler. » « Hutu et Tutsi ne sont que des étiquettes, mais en réalité nous sommes un ».

Ecouter l’histoire de ces vies nous permet de prendre conscience que nous ne sommes pas condamnés à reproduire l’histoire. Nous pouvons décider qu’elle ne se reproduise pas.
 

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